Avec l'amélioration des traitements anti-rétroviraux, l'hépatite C est devenue une cause majeure de morbidité et de mortalité chez les malades infectés par le VIH. Les essais cliniques utilisant l'interféron seul puis associé à la ribavirine ont montré que, chez les malades peu immunodéprimés, le traitement de l'hépatite C était possible, mais semblait moins efficace et plus mal toléré que chez les malades infectés seulement par le VHC. Dans une étude internationale développée par le laboratoire fabricant, 868 malades co-infectés par le VIH et le VHC ont reçu après tirage au sort soit 180 microgrammes de Peg interféron alpha 2a (Pegasys®) par semaine associé à 800 mg de ribavirine par jour, soit le Peg interféron est un placebo, soit de l'interféron alpha-2a 3 millions d'unités trois fois par semaine avec 800 mg de ribavirine par jour. 84 % recevaient un traitement antirétroviral, et 60 % n'avaient pas de virémie VIH détectable. Le taux de réponse virologique durable (ARN-VHC indétectable six mois après la fin du traitement) était de 40 % avec l'association de Peg interféron et de ribavirine, de 20 % avec le Peg interféron seul, et de 12 % avec l'association d'interféron alpha et de ribavirine. En cas d'infection par le génotype 1 du VHC, le taux de réponse virologique durable était de 29 % avec l'association de Peg interféron et de ribavirine, de 14 % avec le Peg interféron seul et de 7 % avec l'association d'interféron alpha 2a et de ribavirine ; en cas d'infection par les génotypes deux et trois du VHC, les taux de réponse durable étaient respectivement de 62 %, 36%,et 20 %. En analyse multivariée, seul le génotype et la charge virale (en cas de génotype 1) avaient une valeur pronostique en dehors du traitement. Chez les malades ayant négativé leur virémie après trois mois de traitement, 56 % des malades traités par Peg interféron et ribavirine eurent une réponse virologique soutenue ; seuls 2 malades ayant une virémie détectable à trois mois furent finalement guéris. Le traitement fut arrêté pour effets secondaires chez environ 15 % des malades des trois groupes, avec 15 à 20 % d'effets secondaires jugés sérieux ; dans le meilleur bras thérapeutique, la dose de Peg interféron dut être réduite chez 10 % des malades et celle de ribavirine chez 25 %. On constata une diminution du compte des CD4, mais une augmentation de leur pourcentage. Il n'y eut pas de modification de la virémie VIH. Il y eut dix décès pendant étude, dont deux (une insuffisance respiratoire et un suicide) furent jugés attribuable au traitement. Cet essai montre que le standard actuel du traitement de l'hépatite C (Peg interféron plus ribavirine) est applicable aux malades infectés par le VIH, même si les résultats obtenus semblent inférieurs à ceux des malades non co-infectés (peut-être à cause de la dose probablement trop faible de ribavirine pour les malades de plus de 75 kilos) . La surveillance doit être particulièrement soigneuse, et notamment le dépistage de l’hyperlactacidémie symptomatique d’un dysfonctionnement mitochondrial potentiellement mortel (lié à une interaction de la ribavirine avec les antirétroviraux). Alexandre Pariente Torriani FJ et al (the APRICOT group). N Engl J Med 2004; 351:438-50. [résumé] Publié dans La Revue du Praticien Médecine Générale |