| Juin 2004 Le pronostic de la stéatose hépatique non alcoolique reste discuté. Considérée autrefois comme une lésion essentiellement bénigne, la pensée dominante actuelle en fait une lésion sévère, évolutive, risquant de conduire à la cirrhose avec une fréquence élevée, et une maladie hépatique d’avenir à cause de l’épidémie d’obésité. Une équipe danoise a étudié 215 malades qui avaient une stéatose pure (sans inflammation ni fibrose) sur une biopsie faite entre 1976 et 1987. Les dossiers ont tous été revus, puis les malades pistés par les très efficaces registres de santé publique danois. La durée moyenne de suivi était de 17 ans chez les 109 malades non alcooliques et de 9 ans chez les alcooliques, les premiers ayant 10 ans de moins que les seconds (39 contre 50 ans en moyenne). La proportion de femmes était de 2/3 chez les non alcooliques, et de 1/3 chez les alcooliques. Une seule cirrhose fut observée chez les non alcooliques contre 22 chez les alcooliques, et le décès chez 27 (dont un seul lié au foie) et 79 (dont 20 liées au foie) malades respectivement, des différences fortement significatives. La survie des malades non alcooliques était superposable à celle de la population générale. Cette étude a le défaut de n’être pas prospective, et de comporter un inévitable biais de sélection puisque le critère de sélection est la biopsie hépatique : dans les séries qui émanent de centres « tertiaires » très spécialisés, les malades sont initialement plus sévères ; ici au contraire la cohorte de malades non alcooliques est probablement assez bénigne parce que constituée aux ¾ par des malades ayant une obésité morbide (IMC moyen à 46 !..) ayant eu une biopsie systématique lié à des protocoles de traitement, et donc sans plainte « hépatique » initiale. La prévalence du diabète (un facteur indépendant de progression des lésions non alcooliques) n’est pas connue dans cette étude. La vérité est sans doute au centre : s’il est probable que le risque de développer une cirrhose est très faible dans les 15 ans qui suivent le diagnostic de stéatose pure non alcoolique, il n’est pas exclu que ce risque augmente ensuite, mais on ne sait pas grand chose de ce qui le détermine. En revanche il est certain que malades alcooliques ayant une stéatose pure ne doivent pas être rassurés, et doivent être convaincus de devenir abstinents. Alexandre Pariente S Dam-Larsen et al. Gut 2004;53:750-5. [résumé] Publié dans La Revue du Praticien Médecine Générale |