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Médecin, quel beau métier !

denrées alimentaires
Janvier 2004

Il paraît que les jeunes français ne veulent plus être médecins (ça ne semble pas exact quand on voit le nombre d’inscrits en première année), et que ceux qui réussissent le lamentable concours d’entrée ne veulent pas choisir les spécialités fatigantes (au passage il semble n'être venu à l’idée de personne que c’est la sélection même par ce concours inepte qui est la cause principale de cette désaffection pour la médecine « dure »…).

Faites lire l’histoire suivante à vos enfants (et petits-enfants) : ça améliorera peut être les choses dans un proche avenir !
Au cours d’un exercice d’entraînement, un jeune militaire colombien fut blessé par le tir à bout portant d’une grenade de 40 mm de diamètre qui, heureusement, n’explosa pas (ça aurait raccourci l’histoire ). Le médecin militaire immédiatement sur les lieux constata un saignement abondant par la bouche et le nez, et mit en route une transfusion. Un cliché fait à l’hôpital local montra que la grenade de 40x80 mm était dans le naso-pharynx, en contact avec la base du crâne. Cinq heures plus tard, le malade était à l’hôpital militaire central de Bogota, où une salle située sous une tente isolée avait été préparée. Les différents soignants furent munis de combinaisons de Kevlar anti-explosion, et n’ tilisèrent ni matériel métallique, ni outils électriques… Un premier chirurgien fit l’anesthésie locale et une trachéotomie sur le malade en décubitus latéral droit (la seule position où il n’étouffait pas) puis quitta la salle. Un anesthésiste induisit l’anesthésie et intuba le malade, puis quitta également les lieux. Finalement un spécialiste des traumatismes faciaux extraya manuellement la grenade pour la remettre (avec douceur) à un expert en explosifs. Le blessé fut ensuite transféré en salle d’opération dans le bâtiment principal de l’hôpital où le débridement fut terminé sans complication, le tout ayant duré 4 heures. Le scanner montra l’existence de fractures naso-orbito-ethmoïdales bilatérales, une fracture ouverte de la mandibule gauche, et une fracture parasymphysiale droite (je ne sais pas très bien ce que c’est). La fixation des fractures et la reconstruction faciale furent faites 2 semaines plus tard. Deux ans plus tard, le malade n’avait qu’une cicatrice linéaire de 3 cm de la joue gauche et était en fin de rééducation…

Deux conclusions :
1. l’armée colombienne doit changer le fournisseur de grenades qui n’explosent ni quand elles sont tirées, ni quand elles sont manipulées par des médecins non formés à cet aspect de leur profession ;
2. dans quel autre métier que celui de médecin peut-on espérer sauver la vie de son prochain avec son cerveau, ses mains, et un travail collectif ? et parfois même en publier le résultat dans le Lancet ?
La principale question de l’horrifique concours d’entrée en médecine devrait donc être : si vous n’aviez pu faire médecine, qu’auriez vous choisi ? On recevrait tous ceux qui répondraient « pompier » et on collerait inexorablement tous ceux qui répondraient autre chose (banquier, gardien de prison, animateur télé, boxeur ou bureaucrate, par exemple et au hasard).
Bonne année !

Alexandre Pariente

Espinosa-Reyes J et al. An explosive case. Lancet 2003;362:2066. [pas de résumé]
Publié dans La Revue du Praticien Médecine Générale

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