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Médecine par les Plantes

denrées alimentaires
Une volée de bois vert pour la médecine par les plantes

C’est le titre ou le sous-titre qu’aurait mérité cet éditorial du très respectable New England Journal of Medicine qui publie dans le même numéro un essai contrôlé randomisé concluant à l’absence d’efficacité de 3 extraits de la racine d’Echinacea Augustifolia dans le traitement du rhume. L’auteur de l’éditorial (un professeur de médecine retraité de l’Université de Stanford) critique sévèrement le soutien matériel dont bénéficie ce type d’étude (en l’occurrence, le nerf de la guerre venait de l’officiel Centre National pour la Médecine Complémentaire et Alternative - NCCAM- étasunien) en apportant les arguments suivants :

1. La recherche de fractions actives n’est motivée que lorsque l’étude d’une substance entière a montré son efficacité ; or les essais cliniques utilisant l’ensemble de la plante dans le traitement des infections virales des VADS étaient médiocres (effectifs faibles, essais pas bien contrôlés), avec probablement un biais de publication des essais positifs, et un refus de l’industrie de réaliser des essais de taille suffisante, en raison de l’impossibilité de breveter le « médicament ».
2. Le NCCAM a développé sa propre raison pour essayer des remèdes improbables : ce n’est pas la plausibilité scientifique de leur efficacité, mais leur popularité ! En fait la recherche portant sur ces improbables remèdes ne produit que rarement des informations utiles : quand elle produit des résultats négatifs, elle ne provoque pas de diminution de leur production ou de leur consommation, et ces résultats sont souvent écartés d’un revers de main (c’est parce qu’on n’a pas étudié le bon extrait, la bonne formulation, la bonne dose etc..).
3. Les revues systématiques des essais des médecines alternatives produisent habituellement des résultats positifs et négatifs distribués autour de la ligne de « zéro-effect » (Melchart D et al. Cochrane Database Syst Rev 2002 ;2 :CD000530).
4. Les critères de jugement sont souvent purement subjectifs, et leur mesure utilise fréquemment des échelles diverses non validées en dehors des essais en question.
5. Enfin, combien d’études négatives sont-elles nécessaires pour déclarer une méthode inefficace ? Comme il n’y a pas de « frontière avec l’absurde », un point à partir duquel il faudrait clairement arrêter les frais, on voit publier des essais répétés, et des revues systématiques redondantes de méthodes peu plausibles aboutissant à des conclusions indéterminées…

Cette incapacité des essais randomisés à établir l’inefficacité des médecines alternatives est source de confusion. L’institut national de la santé étasunien (NIH) a consacré 1,5 milliards de dollars en subventions pour la recherche sur les médecines alternatives dont plus de la moitié dépensés par le seul NCCAM, qui aurait en cours 3 autres essais d’échinacées…
A la question : pourquoi réalise-t-on des essais cliniques d’herbes d’usage folklorique ou de remèdes sectaires, l’auteur répond que c’est parce que leurs promoteurs et leurs investigateurs ne tiennent aucun compte de la vraisemblance de leur effet. Il rappelle qu’il ne faut pas faire des essais avec des traitements qui n’ont pas des chances raisonnables de succès, estimées sur des données fondamentales, provenant de sciences appliquées ou d’observations bien faites, et évaluées avec sagesse et bon sens. Pour finir, il assure qu’ « une mine d’informations attend d’être découverte dans les mécanismes de la croyance aux propositions irrationnelles, de l’adoption d’opinions erronées, et dans l’étude des mécanismes sous-tendant les tendances socio-médicales dévoyées comme le mouvement de la médecine alternative ». Comme quoi, la lecture de la presse médicale ne manque parfois pas de piment !

Alexandre Pariente

W Sampson. N Engl J Med 2005 ;353 :337-9. [résumé]
Publié dans La Revue du Praticien Médecine Générale

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