Novembre 2005 La cholestase intrahépatique de la grossesse (CIG) est caractérisée par la survenue, au cours du second ou du troisième trimestre de la grossesse, d’ un prurit associé à une augmentation des transaminases et de la concentration des acides biliaires sériques. En plus de l’inconfort causé par le prurit, la CIG menace le fœtus de prématurité, de détresse néonatale et de décès in utero. Elle est probablement liée à une prédisposition génétique (anomalies des gènes commandant la synthèse des transporteurs membranaires des acides biliaires) révélée par l’imprégnation hormonale de la grossesse. La cholestyramine (Questran®) réduit le prurit, mais peut provoquer des carences en vitamines liposolubles, et surtout n’améliore pas le pronostic fœtal. Plusieurs essais randomisés sont en faveur de l’efficacité de l’administration d’acide ursodésoxycholique (ou ursodiol), mais le dernier en date est particulièrement informatif parce que portant sur un grand effectif d’Europe du Nord, et comparant directement ursodiol et cholestyramine. Quatre-vingt quatre lithuaniennes ayant une CIG symptomatique (avec prurit) furent tirées au sort entre 25 et 39 semaines de grossesse, pour recevoir soit de l’ursodiol (8-10 mg/kg/j) soit de la cholestyramine (8g/j) pendant 14 jours (4 malades ayant des symptômes précoces furent traités pour une seconde période). Le prurit (évalué à l’aide d’un score de 0 à 4) fut plus souvent réduit de plus de moitié sous ursodiol (67%) que sous cholestyramine (19%), et plus rapidement (3 j contre 7j). La naissance fut plus proche du terme sous ursodiol (1,4 semaine de plus en moyenne), sans autre différence significative quant aux possibles conséquences délétères pour le foetus. L’ activité des transaminases fut plus réduite sous ursodiol (78% contre 21%), de même que la concentration des acides biliares sériques endogènes totaux. Aucun effet indésirable ne fut observé sous ursodiol, alors que des symptômes digestifs furent constatés chez 29% des malades sous cholestyramine. Cette étude confirme qu’une dose modérée (8-10 mg/kg/j) d’ursodiol (des doses plus élevées, de 13 à 15 mg/kg/j ont été employées antérieurement, sans autre inconvénient que celui, théorique, d’augmenter la formation intestinale d’acide lithocholique) combat efficacement le prurit de la CIG, et pourrait améliorer le pronostic fœtal. Dans l’édition 2005 du dictionnaire Vidal, il n’est plus expressément interdit d’utiliser l’ursodiol pendant la grossesse, bien que la CIG ne soit pas (encore ?) une indication officiellement reconnue de cet excellent médicament. Alexandre Pariente Efficacy and safety of ursodeoxycholic acid versus cholestyramine in intrahepatic cholestasis of pregnancy Kondrackiene J et al. Gastroenterology 2005 ;129 :894-901.[résumé] Publié dans La Revue du Praticien Médecine Générale |